LES ORIGINES

L’abbaye de Clairmont est une abbaye cistercienne fondée en 1152 sous l’impulsion de Guy V Seigneur de Laval qui, cherchant à installer des moines dans son fief du Maine, fait appel à ceux de L'ordre cistercien et leur offre un lieu boisé dans la vallée du Vicoin.

L'ordre des cisterciens, ordre réformé des bénédictins, créé par Robert de Molesmes et Saint Bernard de Clairvaux au début du XIIème siècle, connaît à cette époque un développement spectaculaire. Clairmont est la 63 ème « fille » de l'abbaye de Clairvaux et "essaimera" à son tour en fondant une nouvelle abbaye à  Fontaine Daniel en Mayenne,50 ans plus tard.

Cet ordre impose une vie austère fondée sur la prière et les travaux des champs et recherche le dénuement et la simplicité.

Clairmont connaît à ses débuts une vie monastique intense et accueille au plus fort, c'est à dire au XIIIème siècle, entre 30 et 40 moines de chœur et jusqu’à 60 convers.

DU XV ème AU XVIII ème SIÈCLE

A partir du XV ème siècle la règle se relâche et les Pères abbés prennent des libertés avec leurs fonctions. Ils se font construire des hôtels particuliers à Laval. Les Seigneurs et personnalités de Laval sont inhumés dans le chœur de l’église (ce qui était interdit par l’ordre). On y retrouve entre autres Béatrice de Bretagne, son fils Guy XII et Jeanne de Laval (leurs tombeaux ont été déménagés au château de Laval en 1933).

L'abbaye ne compte plus qu'une vingtaine de moines.

Au XVIème , s’instaure à l’abbaye le système de commende qui dispose que l’élection du Père Abbé n’est plus faite par les religieux seuls mais que celui-ci est désormais nommés par les religieux et également par des laïcs. Il doit acheter sa charge auprès du trésor royal. L’abbaye devient désormais pour les abbés commendataires, une exploitation dont ils cherchent à s’accaparer les revenus.

Le système de commende marque le début du déclin de l'abbaye. A la  mort de L’abbé Yves Tronson en 1506, dernier abbé élu  ayant eu la charge de l'abbaye pendant quarante ans, les moines, en signe de protestation contre la commende qui devient désormais la règle, lui font ériger un tombeau en pierres blanches le représentant avec son habit religieux.

Vers 1557, Pierre Lescot, architecte du Louvre est nommé abbé commendataire de Clairmont mais n'y mettra vraisemblablement jamais les pieds.

Au début du XVIIème, l'abbaye est encore riche et les frères Langlois (architectes mayennais) embellissent le bâtiment des moines, agrandissent les ouvertures et  aménagent des chambres spacieuses et lambrissées à la place du grand dortoir.

Le déclin s’accélère à la fin du XVII ème, l’abbaye peine à recruter de nouveaux profès.

Au XVIII ème, le nombre de moines chute considérablement. Les moyens humains et financiers manquant cruellement, les bâtiments ne sont plus entretenus. Le 6 mai 1790 Dom Duquesne prieur et les quatre derniers religieux déclarent à la municipalité d’Olivet qu’ils veulent se soumettre à tous les décrets de l’Assemblée Nationale et qu’ils désirent sortir de leur couvent. L’abbaye est évacuée le 21 janvier 1791 et est mise sous scellés. L’abbaye est vendue comme bien national en 1794 à des bourgeois de Laval qui la transformeront en domaine agricole.

L'ABBAYE TOMBE EN RUINES

L'abbaye est utilisée comme exploitation agricole jusqu’en 1954. Le bâtiment des convers est transformé en étable, l’église devient une grange à foin et une remise pour le matériel agricole.

En 1936, Suzanne Denis parisienne, de retour de Bretagne, aperçoit de la fenêtre du train qui la ramène à Paris (la ligne Paris-Brest passe à proximité de l’abbaye), un ensemble monastique important qui paraît abandonné. Elle en parle à une de ses amies rencontrée au conservatoire de Paris ,Hélène Blanchot, et toutes deux conçoivent alors le projet fou de le sauver.

Mademoiselle Denis et mademoiselle Blanchot rencontrent les propriétaires qui dans un premier temps, accueillent favorablement leur demande, mais se rétractent ensuite. Elles louent alors une maison dans le village voisin et renouvellent plusieurs fois leur demande. Les négociations d’achat prendront dix huit ans et la vente sera enfin actée en 1954. Pendant ce temps l’état de l’abbaye s’est considérablement dégradé.

LE SAUVETAGE

Les demoiselles se retrouvent alors à la tête d’un monument en ruines nécessitant des fonds très importants pour la restauration. Elles puisent dans leur ressources personnelles et font appel aux  Monuments Historiques qui leur apportent leur aide, en reclassant certains bâtiments (qui avaient été déclassés à la demande des anciens propriétaires) et en débloquant des fonds importants.

Sous l’impulsion des propriétaires, une association et une SCI sont créées. De nombreux bénévoles s’investissent, des chantiers d’été sont organisés. En 1967, l’abbaye est déclarée « Chef d’œuvre en péril », les autorités locales s’émeuvent de la situation et des fonds supplémentaires sont collectés. Les travaux se poursuivent pendant quatre décennies .

L’abbaye est sauvée.

L'AVENTURE SE POURSUIT

Mademoiselle Denis meurt en 1979, mademoiselle Blanchot, en 2006 (elles reposent toutes deux dans l'abbatiale).

S’ensuit un imbroglio juridique pour régler la succession, qui aboutit en 2014 à la création d’un fonds de dotation sur lequel est adossé la SCI dont toutes les parts ont été récupérées ; Les travaux peuvent reprendre.

LES OBJECTIFS

Les membres de l'Association des Amis de Clairmont souhaitent poursuivre l’œuvre entreprise par les demoiselles. Grâce à de nombreux bénévoles, ils assurent l'entretien et le gardiennage du site et accueillent les visiteurs afin de leur rendre accessible les richesses historiques, artistiques et spirituelles du lieu.

Ils organisent tous les ans, de mai à octobre, des concerts et spectacles dans l'abbaye pour faire vivre ce lieu magnifique.

Avec le soutien des Monuments Historiques, de la DRAC, du département et de la région , il est prévu dans un avenir proche, la restauration de la couverture du bâtiment des convers, la fermeture des bas-côté de l’église abbatiale et la réfection de tous les vitraux. La mise en sécurité du bâtiment sud ainsi que des aménagements pour l’accueil du public.